Le roman a connu le sort des premiers livres.
C'est dire si les quelques articles qu'il a suscités ont été remarqués (par l'auteur).
Pour ...
Le Monde (François Bott)
Une flambée de mots
Qui n'a rêvé de pirates, de villes aux remparts de grès rose et de jeunes captives ? Un murmure en nous éveille le rêve. Ainsi on entre en littérature. Ainsi, en folie. Ainsi, dans cette magie née d'une phrase, parfois la première :
"Longtemps, je me suis couché de bonne heure." (Proust)
" La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut. Il n'aima pas comment elle était habillée." (Aragon)
Ici : "J'arrive de Davenport..." Et, plus loin, "Nos ivresses ont des loups la nonchalance et la vitesse sur l'appât."
[...]Ce premier roman d'un professeur de lettres, qui allie comme Don Quichotte la fable et l'ironie, est un ballet, une flambée de mots charnus et rutilants, baroques et délicats. Mots-bibelots qui souvent nous enchantent.
Combat (Alain Bosquet)
[...] Avec Jonathamour, Michel Chaillou fait de surprenants débuts. S'il avait vingt ou vingt-cinq ans, on aurait été heureux de signaler une philosophie inconsciente et neuve de l'écriture; comme il en a trente-huit, on se dit que sa création est plus élaborée, et qu'elle est le fait d'un choix ou même d'une habileté extrême. Il suffira donc de déclarer que son livre procure un plaisir rare et à attendre un jour des recettes peut-être plus pétillantes encore.
Europe (Yolande Cassin)
Ce premier roman de Michel Chaillou est remarquement écrit. Des phrases courtes, très courtes, chaque mot choisi, emporté par un rythme rapide, parfois haletant qui tient plus de la poésie que de la prose. On lit ce livre jusqu'au bout presque sans s'en rendre compte. Or il n'y a pas d'histoire, il n'y a qu'un homme jeune "Jonathamour" tel qu'il s'appréhende lui-même de l'intérieur, les mots collant à la pensée, aux rêves, aux souvenirs et les recréant à chaque minute. (juin juillet, août 1968)
Contre
Les nouvelles littéraires (Isaure de Saint-Pierre)
[...] Présenter sous forme de récit l'aventure d'un être aussi instable, aussi perdu dans l'imaginaire, ne pouvait produire qu'un livre un peu fou et désordonné. Pourquoi les jeunes romanciers ne savent plus se rendre maîtres des mots ? Ils préfèrent se laisser porter par de grandes phrases creuses et abstraites sans signification. (22 août 1968)
Lettres françaises (Jean Gaugeard)
[...] On serait mal venu de reprocher à Michel Chaillou les redites, la monotonie, un lyrisme trop souvent gratuit, un magasin aux accessoires qui sent l'Odéon [...] puisque c'est au passif du pauvre Jonathan qu'il faut porter tout cela. Mais à l'actif de Michel Chaillou, on doit porter un humour charmant et efficace, le rythme, presque la scansion qu'il a su donner aux élucubrations journalières de son rêveur, et la poésie vraie qu'il laisse sourdre des stéréotypes et des enfantillages. L'aventure véritable est aussi verbale...